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La tête dans les étoiles et les pieds dans la merde.

  • 20 avr. 2016
  • 2 min de lecture

4 - La balade.

La journée s'était terminée dans le bruit des bagnoles, dans le bordel des trottoirs surchargés, dans l'odeur acide et chaude des bouches de métro qui crachent leur bile dans les rues déjà encombrées.

Ma traversée de Paris, du beau quartier Latin au hauteurs crasseuses de Ménilmontant me ferait du bien avais-je pensé. Il faisait beau, le printemps saupoudrait déjà l'atmosphère de ses guillerettes promesses.


Les gens ne s'aiment pas. Ils râlent, s'insultent, se klaxonnent, houspillent le jeune qui vient de se fracasser devant moi sur la chaussée en ratant une roue arrière du tonnerre avec une moto certainement volée. Moi aussi, je me suis pris à penser "bien fait pour ta gueule connard!". J'ai honte.


Cette balade m'a fait mal à la tête, j'ai besoin de calme, de petits oiseaux, de verdure libre de s'échapper de derrière les barrières en fer forgé. J'ai besoin d'entendre autre chose que ces ruisseaux dégueulasses qui serpentent dans les caniveaux plein de merde.

Je ne peux pas fuir, demain je bosse.


J'allume mon ordinateur. Instinctivement je tape "sons de la nature" sur google. Je sais que google peut trouver une solution à tous nos problèmes. Il me dirige vers un lien youtube. La vidéo est un plan fixe de trois heures et quinze minutes sur une source entourée de fougères et baignée de soleil.

Je m'allonge. Tout est là: le clapotis de l'eau, les oiseaux qui savent chanter, le bruit du vent dans les branches. Tiens! Une église sonne au loin et un chien aboie: le village doit être tout près.

Tout est là et pourtant une tristesse encore plus profonde s'insinue lentement dans ce moment de grâce.

Merde! Je suis ridicule. Cette situation est ridicule! Me voilà dans la fosse à purin de la condition humaine. Écouter des sons de la nature sur youtube, on ne peut pas tomber plus bas.

Je me lève, clique aux oiseaux de fermer leur gueule et balance NRJ 12.

Quitte à être dans une fosse à purin, autant y plonger jusqu'au cou.


Vermot

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